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Mercier est l’une des marques les plus prestigieuses qui ont fait la renommée de Saint-Étienne. La capitale de la Loire n’est pas seulement le berceau des greens, Manufrance, la mine d’hier et le design d’aujourd’hui. C’est aussi le cas d’un fabricant de vélos qui a dirigé cette industrie au début du 20e siècle et jusqu’au milieu des années 1980: Mercier.

Une histoire qui est revenue dans l’actualité depuis la marque de vélos Saint-Étienne qui accompagnait Raymond Poulidor, propriété de Luxembourgeois. est à nouveau produit en France, cette fois dans les Ardennes.



Atelier de machines 1926. Photo DR / Collections du Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne

Les installations Mercier sont nées en 1919. Émile Mercier a 20 ans. Il s’associe avec Ribaud et les frères Paret dans la fabrication d’essieux et de coupelles de pédalier rue du Vernay à Saint-Étienne. En 1924, il rachète les actions de ses salariés et étend l’activité aux managers de la rue Gutenberg. Avec ses deux frères Constant et Marcel, le jeune Émile Mercier a complètement réorganisé les ateliers. L’assemblage des cycles complets a lieu vers le tournant des années 30.

La saga Mercier est lancée et l’entreprise devient progressivement l’une des premières sur le marché français.



Portrait d’Emile Mercier (1899-1973). Reproduction DR

Pourquoi Saint-Étienne?

À partir de la fin du XIXe siècle, le vélo est devenu un moyen de transport à la mode. En 1886, les frères Gauthier copieront un modèle anglais et donneront naissance au premier vélo français. À Saint-Etienne.

La production de vélos est au départ très artisanale et industrialisée. L’histoire du cycle s’est développée à Saint-Étienne parce que c’est là que se trouvaient les ouvriers qualifiés de la sidérurgie.

Nous allons d’abord travailler sur les pistolets, puis faire rapidement de la place pour les vélos. «Si toutes les branches de la métallurgie saint-étienne ont leur part dans le succès de l’industrie du vélo, y compris les aciéries, forges et fonderies qui fournissent des matières premières pour la transformation ou l’usinage de pièces, l’armurerie doit être une saison d’activité, activité cycliste. Alors que le fusil est principalement vendu de juin à octobre, la demande de bicyclettes est évidente de février à août. C’est pourquoi plusieurs fabricants d’armes se sont très tôt imposés comme fabricants de vélos », analyse André Vant (1), géographe de formation, professeur à l’Université de Saint-Étienne et amateur éclairé d’histoire du vélo en France. Loire.

Dans les années 1920, âge d’or du vélo à Saint-Étienne, la ville comptait plus de 350 usines ou ateliers dédiés à l’industrie du vélo, un réseau très dense qui employait plusieurs milliers de travailleurs. A cette époque, Saint-Étienne était la capitale française du vélo.

«Depuis une trentaine d’années, la quasi-totalité des ateliers d’armement ont également fait du vélo, sur les mêmes machines, en alternance et sans spécialisation particulière. La division du travail propre à l’armurerie a été transmise au cycle et a produit ce qui a fait la renommée de Saint-Étienne, des pièces détachées », ajoute André Vant.

Les années 1930: la production Mercier continue de croître

Il n’y a que quelques archives qui nous racontent l’histoire détaillée de l’entreprise, mais grâce aux travaux d’André Vant (1) nous en apprenons un peu plus.

En 1931, l’usine Mercier poursuit sa croissance et installe un atelier d’émaillage équipé d’une quinzaine de fours. À l’exception des pneus et des selles, toutes les pièces des vélos sont fabriquées sur place. De 7 000 cadres en 1921, la production passe à 26 000 en 1925, 45 000 en 1929, 65 000 en 1931 et 105 000 en 1933.



Catalogue des cycles Mercier. Musée photo d’art et d’industrie de Saint-Étienne

La devise de l’entreprise est «bien faire et disons-le». Chez Ravat, un autre constructeur Saint-Étienne, on dit: «Bien et toujours mieux». Manufrance choisit «Savoir faire et faire savoir» pour la fabrication de vélos.

Dans une copie de la revue de 1929 de la Chambre des syndicats de l’industrie du vélo et de l’automobile, on lit que les usines Mercier produisent 45 000 images par an, soit «une image toutes les 2 minutes 31». La production est réalisée en grandes séries, mais la part importante qui est vendue à l’étranger commence à concurrencer l’Angleterre et l’Wordpress. Les exportations françaises sont freinées par des taxes élevées pour les industriels et le transport coûte cher.

Mercier est spécialisé dans les vélos de course haut de gamme. En 1933, la marque acquiert une équipe cycliste professionnelle. Grâce à Raymond Poulidor, il atteindra son apogée dans les années 1960. En 1935, elle participe à son premier Tour de France. Il y en aura beaucoup plus.

Les années 1950: la concurrence s’intensifie

Au cours de ces années, un cinquième de la production française de vélos provenait des ateliers de Saint-Étienne. Très localisée, avec de nombreuses petites unités, l’industrie locale peine à évoluer. Après la guerre, les exportations de vélos allemands et anglais vers la France reprennent et la concurrence s’intensifie.

Il était temps pour Mercier de s’essayer également à la fabrication de cyclomoteurs entre 1950 et 1959.

Lors de l’assemblée générale du syndicat du vélo, présidée par Émile Mercier en janvier 1953, ce dernier s’est alarmé de la situation: «À ce jour, l’industrie du vélo s’est très bien écartée de sa structure. Famille et artisanat. Il n’est pas certain que ce soit le cas demain. […] La concentration dans la construction doit inévitablement conduire à une concentration dans la fabrication d’appareils et de pièces […] Si nous voulons éviter que cette concentration n’ait lieu par notre propre disparition ou notre fusion au sein d’organisations puissantes, nous devons examiner si le regroupement de moyens techniques et commerciaux tout en préservant notre propre souveraineté ne permet pas de faire face aux événements.  »

La production continue. Chacun pour soi.

1970: Mercier a 50 ans et ouvre une nouvelle usine

La décennie des années 1970 marque un tournant pour la société Mercier. D’abord le créateur historique, alors âgé de 71 ans, Émile, démissionne de la direction. Il passe le relais à son fils Edmond. Ses deux frères sont décédés. Constant en 1953 et Marcel en 1960.

A l’occasion de leur 50e anniversaire, les entreprises Mercier poursuivent leur expansion. Une nouvelle usine de 12 000 m² est inaugurée dans le but de produire au moins 120 000 vélos par an.

Vidéo INA: 1970 Mercier, le vélo français

L’automatisation est élevée. André Vant rapporte dans ses livres que la production à partir de 1972 a atteint 130 000 unités, dont «35% de vélos pour enfants, 10% de vélos pliants (avec une baisse significative) et 55% de vélos de course semi».

En 1973, la production est passée à 150 000 unités. Les fermes Mercier sont à leur apogée et leurs vélos rencontrent un grand succès auprès de la population. Malgré tout, Mercier est loin derrière Motobécane et Peugeot, malgré le fait que la production soit tournée vers les vélos. Mercier a même perdu sa place de troisième producteur français au profit de Micmo-Gitane.

Les années 1970 sont le déclin de la production nationale de vélos. Les exportations se sont effondrées de près de moitié entre 1974 et 1975.

En 1977, dans le secteur de la construction, la région de Saint-Étienne ne représentait que 12% du total national. Mercier se classe au 5e rang des constructeurs français (99 400 unités); La France Loire est 6e (79 500 unités); Le fabricant est 9e (36 200) et Cizeron 10e (18 000). A titre de comparaison: les cycles Peugeot produisent 660 500 unités.

Pour de plus amples

Une visite au Musée d’Art et d’Industrie s’impose à Saint-Etienne. Fermé en raison de restrictions sanitaires liées au formation Divi et en attendant la réouverture du musée au public, il est possible d’approfondir le thème du cycle en cliquant ici.

Les années 80: l’histoire devient incontrôlable

La production intérieure continue de baisser. Mercier n’échappe pas à la tendance. Le marché du vélo classique est saturé et le pouvoir d’achat diminue. La mode décontractée va à d’autres sports comme le tennis …

En mars 1983, les heures hebdomadaires de Mercier ont été réduites de 24 heures. L’entreprise a eu recours à ses premières mises à pied (145 personnes). L’émergence du chômage technique aggrave les difficultés de trésorerie. En 1983, les vélos conçus pour les équipes professionnelles n’avaient plus d’élément Saint-Étienne. Il a assuré la réputation de la maison pendant des années, mais le service de course trop cher a été définitivement arrêté en 1984.

Les difficultés augmentent. La concurrence italienne et japonaise est très forte. Le « VTT » des USA arrive …

Afin de sauver le cycle français, la profession propose de «mutualiser le potentiel existant». Afin d’épargner les vulnérabilités et de connaître la structure de Saint-Étienne, nous appelons au «respect d’une certaine autonomie les uns des autres» et plaidons pour la «coopération» plutôt que pour la «fusion». Edmond Mercier rejette «un groupement de mourants». Il demande « une aide temporaire uniquement » et préfère « se battre pour rester indépendant ».

C’est le début de la fin.

Pour rester dans la course, Mercier présente sans succès un nouveau modèle: le VéloTonic, qui est à la fois un vélo d’exercice (avec un système de béquilles et de boutons qui bloquent la résistance de la roue arrière) et la roue (inversant le système de béquilles qui devient ) un porte-bagages).

1985: Mercier déclare faillite

En 1984, une nouvelle société a été fondée par Mercier Cycles. Il déposera sa faillite définitive le 18 novembre 1985. Le même hécatombome chez les artisans de Saint-Etienne. C’est la fin de Cizeron, fondée en 1928, puis de SCOPD Manufrance.

Seule France-Loire a pu redémarrer en société par actions avec participation des salariés en septembre 1984. En juillet 1986, l’entreprise rachète la marque Mercier et continue de fabriquer des vélos à Andrézieux-Bouthéon. Mercier France-Loire réserve l’essentiel de sa production de vélos, vélos pour enfants et VTT pour les grandes surfaces.

En 1991, France-Loire passe aux mains d’un groupe néerlandais Atag, qui deviendra Acell. De 226 salariés en 1973 et après quelques bouleversements, L’entreprise emploie 31 personnes à Saint-Cyprien en 2011 et devient filiale de Lapierre Cycles.

La marque Mercier a été vendue au fonds commun de placement Starship Investments en 2008.

C’est cette société luxembourgeoise qui reprend aujourd’hui la production de Cycles Mercier dans les Ardennes sous les marques «Poulidor» et «Zoetemelk».

(1) Sources : Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne, Centre de documentation.

Livres et publications d’André Vant: «Le cycle dans la région de Saint-Étienne, un siècle de savoir» (éditions Fage); «Le dynamisme de la filière vélo saint-étienne à travers le jeu des identités».

Bernard Chaussinand: « L’industrie du vélo à Saint-Étienne et dans le bassin de la Loire ».



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