A l’heure où la France s’enfonce dans un authentique chaos politique dont personne ne peut voir le résultat, le livre de M. Arnaud Teyssier, Le mystère de Pompidou-de-Gaulle est l’occasion de revenir aux fondements de l’histoire politique récente de notre pays. Cette œuvre fascinante est à la fois narrative et réflexive, et s’appuie sur de nombreuses références historiques et littéraires. Aujourd’hui, comme les autres, les noms de ces deux hommes d’État renvoient à l’image d’une époque révolue de stabilité, de fierté et de grandeur nationale. Comment y sommes-nous arrivés? Ne sommes-nous pas surpris de la fin de la lecture convaincante de ces 400 pages? [Sortie aujourd’hui en librairie].

Ils viennent tous les deux d’horizons très différents. Originaire de Lille à partir de 1890 a grandi  » dans un environnement familial de la vieille bourgeoisie, marqué par la passion de la France et la confiance en la Providence.  » L’autre  » Petits-enfants des agriculteurs auvergnats « , Né en 1911 dans une famille d’enseignants qui  » mélangé la patrie et la république dans un lien commun « . Leur alliance s’est enrichie de leurs différences, la première étant celle d’un sens aigu du Tragédie de l’histoire et obsession du destin national, le second fidèle à une forme bon sens terrestre et nonchalance naturelle. Mais ces différences, source de leur compréhension, portaient les germes des ruptures à venir … Tous deux, en revanche, partageaient les mêmes convictions sur l’autorité de l’État et le patriotisme sans compromis.

Le tandem qu’ils ont formé pendant près de vingt ans est né dans des conditions improbables. Georges Pompidou, un facteur moderne, marié à Claude et à des épicuriens, n’a pas participé à la résistance et n’a pas été l’un des compagnons historiques de l’auteur de l’appel du 18 juin. Par l’intermédiaire d’un camarade de la rue d’Ulm et proche du général René Brouillet, il devient chef du gouvernement provisoire au moment de la Libération. A cette époque, il n’avait pratiquement aucun contact direct avec de Gaulle:  » Le premier véritable contact personnel s’établit de manière classique un samedi après-midi. Pompidou s’étonne de la bonté du personnage tout en s’attendant à plus de rugosité.. Le chef de projet se distingue par la clarté des notes qu’il rédige. Sans être directement impliqué dans l’aventure du FPR (le parti gaulliste de 1947 à 1953), il devient peu à peu l’homme de confiance du général lors de sa traversée du désert, le trésorier de la Fondation Anne de Gaulle (sa petite fille était handicapée ) en 1948 Par exemple, son chef de cabinet était chargé des relations avec les numéros de Plon pour la publication de Souvenirs de guerre.

Après un passage au Conseil d’Etat puis à la Rothschild Bank, Pompidou est rappelé par le général revenu au pouvoir en juin 1958 comme président du Conseil de René Coty. En tant que chef d’état-major de Matignon, il participe activement aux travaux constitutionnels de conception de la future Ve République. Revenir à la banque après la proclamation de la Ve République tout en restant au service du nouveau président de la République, qui lui confie des missions sensibles comme certains contacts avec les rebelles algériens. Après avoir signé les accords d’Evian, qui accordaient l’indépendance à l’Algérie, le général le nomma Premier ministre en 1962 dans le but de concrétiser sa volonté de moderniser la France.

L’œuvre de M. Teyssier met en lumière l’étrange paradoxe de la personnalité et de la carrière de Georges Pompidou. Ce dernier n’était pas un carriériste frénétique. Porté par l’appréciation que le général avait pour lui – pour ses capacités intellectuelles, sa loyauté et son sens de l’État – cet amoureux passionné de la vie ne cherchait pas le sort qui le conduirait ainsi au sommet du pouvoir, même s’il développé un goût pour la politique. Ce qui surprend dans son comportement, c’est la fermeté de son caractère, même compte tenu de son mentor. Son intelligence, sa culture, son épicurisme sont à l’origine d’un certain fatalisme, à l’origine de son indépendance intellectuelle. Pour ce non-courtisan, il y avait une vie hors du pouvoir. Cependant, le général voulait un homme de caractère à proximité qui puisse se défendre contre lui. «  » A aucun moment, il ne semble avoir peur de transmettre ses pensées. C’est sans aucun doute pourquoi il valorise tant De Gaulle. Le livre traite donc d’un épisode clé de leur relation. Lorsque le général de Gaulle envisage d’exécuter Jouhaud, l’un des généraux putschistes de 1961 condamné à mort par un tribunal extraordinaire, Pompidou refuse et menace de démissionner si la peine est appliquée. Le général a finalement cédé …

L’alliance de deux personnalités extraordinaires ne survivra cependant pas au règne compliqué du général. Une divergence fondamentale les oppose sur le  » Participation «  [des salariés à la direction de leur entreprise] ce que le général veut faire de l’axe de son second mandat (à partir de 1966). Pompidou, qui y voit un risque pour le développement des affaires, ralentit beaucoup. «  » Le projet qui m’a été présenté hier, que vous vouliez expliquer au Parlement, ne va presque pas assez loin. « écrit le chef de l’Etat à son Premier ministre. Le soulèvement étudiant de mai 1968 a exacerbé les malentendus. Le général accuse Pompidou d’un manque de fermeté qui conduira à l’éviction de Matignon par ce dernier dans des conditions confuses. Leur différence de caractère et de sensibilité se manifeste à cette occasion et exacerbe leurs divergences d’opinion. Pompidou  » introduit une dimension affective dans un univers – celui du gouvernement et du pouvoir – où il doit savoir que de Gaulle ne prend jamais en compte les sentiments personnels. »

Enfin, l’auteur consacre de longues et passionnantes pages à l’affaire Markovic, cet effroyable scandale (à connotation sexuelle) dans lequel Claude est impliqué, l’épouse de l’ancien premier ministre qui le met aux portes de  » Désespoir« . Pompidou accuse amèrement le général de son incapacité à réagir, alors qu’il soupçonne certains de ses compagnons d’avoir été impliqués. De Gaulle n’a vu que des ragots et a accusé son ancien homme de droite de lui accorder trop d’importance ses yeux pour une forme de faiblesse Enfin, l’une des dernières et des plus sérieuses sources de plainte entre eux: les déclarations de Georges Pompidou le 17 janvier à Rome, puis à Genève le 12 février 1969, suggérant la perspective de se présenter à la présidence ( dans l’hypothèse implicite von) une démission du général) De Gaulle y voyait l’une des raisons de son échec au référendum du 27 avril 1969, qui, comme annoncé, l’avait contraint à quitter l’Elysée.

Au terme de ce voyage au cœur de l’histoire orageuse d’une décennie de  » Taille« Il vaut la peine de citer la brillante conclusion de l’auteur: » De retour à la première place. Pire? Cette comédie a été répétée à partir du milieu des années 1980 sous la Ve République, lorsque les partis politiques, grâce à la coexistence et à la décentralisation perverse, ont brisé la vraie politique. François Mitterrand avait tendu un piège aux héritiers du gaullisme, un piège métaphysique qui permettrait de réinstaller la IVe République au cœur de la Ve, mais dans des conditions encore pires car le pouvoir serait protégé de l’instabilité à l’avenir par des institutions détournées de le leur Droit d’exister: Vous devez décider, décider, gouverner et êtes devenu l’ultime protection d’un pouvoir non résolu qui n’ose plus se mettre en jeu par le référendum. La stabilité est partout maintenant, mais l’autorité n’est nulle part. «  »

Maxim TANDONNET



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