Un rapport très attendu commandé par le président français Emmanuel Macron recommande le rapatriement permanent de l’héritage africain pillé à l’époque coloniale. Le contenu de l’étude de 108 pages pourrait avoir des implications profondes non seulement pour les institutions françaises mais aussi pour les musées internationaux, qui sont de plus en plus sollicités pour restituer des œuvres d’art et des artefacts provenant de pays d’Afrique et d’ailleurs qui auraient été volés.

Selon l’hebdomadaire français PointLes auteurs – l’historienne de l’art française Bénédicte Savoy et l’écrivain universitaire sénégalais Felwine Sarr – soutiennent la restauration permanente du patrimoine africain et adoptent une position pionnière sur ce sujet très controversé. Ils se réfèrent à des artefacts acquis par «vol, pillage, destruction, fraude et consentement forcé» pour faciliter leur utilisation du mot «réparation». Le document complet devrait être publié vendredi 23 novembre à l’Elysée du Président à Paris.

Macron a commandé le rapport l’année dernière un discours historique dans lequel il a déclaré que les conditions de la restitution temporaire ou permanente du patrimoine africain aux musées français devraient être établies dans les cinq prochaines années. Il a chargé Savoy et Sarr de faire leurs recommandations. L’année dernière, les deux ont consulté environ 150 spécialistes en France et sur le continent.

Le président français Emmanuel Macron serre la main du président béninois Patrice Talon à son arrivée à l’Elysée à Paris le 5 mars 2018. Photo par Ludovic Marin / AFP / Getty Images.

Remboursement permanent

Le rapport était très attendu par les directeurs des musées et galeries français. Beaucoup d’entre eux espèrent que le document atténuera certaines des propositions les plus radicales qui ont été avancées.

Il semble que le contraire soit vrai. «Derrière le masque de la beauté, la question de la réparation nous invite à aller droit au cœur d’un système d’appropriation et d’aliénation, système colonial dont certains musées européens sont désormais des archives publiques indépendantes», commence le rapport éloquemment écrit.

L’opportunité du terme «réparation» est controversée dans la communauté muséale française, mais Savoy et Sarr occupent une position forte dans leur utilisation continue du mot. «Ce terme nous rappelle que l’appropriation et la jouissance des biens restitués reposent sur un acte moralement répréhensible (vol, pillage, expropriation, fraude, consentement forcé, etc.)», écrivent-ils.

Le rapport intervient à un moment où la question de la réparation coloniale a été catapultée d’une question d’initié au sein des communautés muséales à une question publique mondiale. L’ouverture du Humboldt Forum à Berlin, dans lequel une grande collection d’objets d’Afrique et d’Asie sera exposée en 2019, a déclenché une profonde fracture sur cette question comment l’Europe doit gérer son héritage colonial. Savoy a démissionné de manière inattendue de son poste au conseil consultatif du Humboldt Forum l’année dernière et a ensuite été invitée par Macron à contribuer au rapport.

Savoy et Sarr écrivent que des «solutions intérimaires» telles que des retours temporaires ou des prêts ne devraient être en place «que si des mécanismes juridiques ont été trouvés permettant le retour définitif et inconditionnel des biens culturels sur le continent africain». Cette déclaration fait suite à l’annonce à la fin du mois dernier que Les musées prêteraient des objets au Nigéria pour leur musée national prévuqui a été scandalisé par certaines parties au sein de la nation africaine.

La cérémonie de l’ato du royaume du Dahomey vers 1934 est représentée au musée du quai Branly à Jacques Chirac à Paris. Le Bénin réclame la restitution de ses trésors nationaux pris à l’ancienne colonie française du Dahomey (actuellement Bénin). Photo: GERARD JULIEN / AFP / Getty Images.

Au-delà de l’Afrique subsaharienne

Selon PointL’introduction indique que le rapport « ne couvre que l’Afrique subsaharienne ». Cela signifie que toute l’Afrique du Nord française – aujourd’hui le Maroc, l’Algérie et la Tunisie – est exclue. Au total, la France a occupé ou colonisé au moins 20 pays africains actuels ou antérieurs à différentes époques. La nation a été un acteur majeur dans la colonisation européenne du continent, et plusieurs pays africains sont toujours dépendants des zones de protectorat.

Le rapport vous recommande également d’examiner attentivement divers critères pour déterminer les objets à restaurer. Les œuvres dont il est démontré qu’elles ont été acquises avec «un consentement libre, équitable et documenté» peuvent être conservées par les musées français.

Les objets saisis lors des campagnes militaires et des missions scientifiques des XVIIIe et XIXe siècles, ou les objets donnés aux musées par des agents de l’administration coloniale ou leurs descendants sans le consentement de leurs propriétaires d’origine, ont un sort différent. Les deux répondent aux principales préoccupations selon lesquelles les musées français pourraient être «vidés» et recommandent la création de duplicata ou de fac-similé d’objets si nécessaire.

Les avoirs culturels de la France provenant de son empire colonial sont énormes, de sorte que les musées sont susceptibles de réagir fortement lorsque le rapport complet sera publié plus tard cette semaine. L’une des collections les plus connues est celle du musée du quai Branly – Jacques Chirac, qui abrite 450 000 objets d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. artnet News a contacté Stéphane Martin, président du Musée, pour commenter l’aperçu du rapport. Cependant, l’institution a déclaré qu’il attendrait que le document complet soit lu vendredi.

La manière dont le rapport sera reçu par Macron et mis en pratique reste ouverte pour le moment. Quoi qu’il en soit, Savoy et Sarr proposent un changement radical dans la façon dont leurs partis respectifs devraient percevoir le problème des artefacts de l’époque coloniale. Vous écrivez que le problème se pose lorsqu’un musée ne confirme pas l’identité nationale mais est conçu comme un musée de «l’autre», éloignant les objets d’autres lieux et assumant le droit de parler de ces autres ou en leur nom. «Les objets et les histoires conservés dans les collections dites ethnographiques ont créé des représentations contrôlées de sociétés souvent essentielles», écrivent-ils.

«Parler ouvertement de réparation, c’est parler de justice, d’indemnisation, de reconnaissance, de restauration et de réparation», poursuivent Savoy et Sarr. « Mais surtout, il faut ouvrir la voie à l’établissement de nouvelles relations culturelles. »

Le rapport complet sera disponible en anglais et en français le vendredi 23 novembre sur www.restitutionreport2018.com

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